Cela faisait un certain temps que j'observais… des abeilles venant découper les feuilles de mes érables ! J'ai demandé conseil auprès du site de l'OPIE (Office Pour les Insectes et leur Environement) : Ce comportement est-il typique d'une espèce donnée,et comment faire pour l'éloigner « gentiment » de mes bonsaï ? Voici un extrait de leur réponse :
Il s'agit effectivement d'une abeille solitaire de la famille des mégachiles : l'abeille coupeuse de feuilles.
Cette abeille a la particularité de découper le bord des feuilles de différents végétaux afin de les rouler et de confectionner une sorte de petit « cigare » dans lequel elle placera du nectar et du pollen destinés à nourrir les larves. Chaque larve a son propre « cigare » placé l'un derrière l'autre dans une cavité ou dans la terre. Ils sont si bien faits de plusieurs morceaux de feuilles qu'ils sont totalement étanches. Chaque larve y est bien à l'abri pour manger sa nourriture et se métamorphoser en adulte. En général, l'adulte ne sort que l'année suivante après avoir hiverné dans son « cigare ».
Que faire pour les éloigner ? On lit parfois qu'un insecticide sur les feuilles peut les repousser. Seulement, étant donné le risque de tuer ces insectes particulièrement utiles pour la pollinisation, je vous le déconseille fortement. Le mieux serait d'enfermer vos bonsaïs sous du tulle pendant quelques semaines. En effet, les adultes ne vivent pas très longtemps (environ 1 mois) et ils iront vite chercher ailleurs sans que cela nuise à vos plantations.
Eric Geirnaert, entomologiste, nous apporte un complément d'information pour le moins impressionnant :
Pour des raisons agronomiques et économiques, la biologie des abeilles mellifères est bien connue, mais, la petite abeille solitaire découpeuse de feuilles, c'est vrai, est moins connue.
Et, le spécialiste de la revue INSECTES d'avoir PARFAITEMENT RAISON !
Il est enfantin de défendre un bonsaï de l'attaque des petites abeilles Mégachiles : un simple tulle qui recouvre les feuilles protègera de façon parfaite votre infortuné végétal !!!
Malgré cette mortification tout à fait supportable pour le végétal (découpe parcimonieuse des feuilles par l'insecte), la petite abeille solitaire Mégachile souffre d'une terrible réputation, et, l'histoire (quasiment une légende !) ne date pas d'hier. Rapportons de cours extraits de l'ouvrage LES INSECTES A. E. Brehm (1829-1884) :

La Mégachile du rosier (ou abeille coupeuse de feuilles commune).
Réaumur que l'on trouve toujours à citer quand il s'agit de mœurs biens observés, nous rapporte une anecdote curieuse sur l'Abeille du Rosier.
"Dans les premiers jours de juillets 1736, le seigneur d'un village proche des Andelys, vint voir M. l'abbé Nollet, accompagné entre autres domestiques, d'un jardinier qui avait l'air fort consterné. Il s'était rendu à Paris pour annoncer à son maître qu'on avait jeté un sort sur sa terre. Il avait eu le courage, car il lui en avait fallu pour cela, d'apporter les pièces, qui l'en avaient convaincu ainsi que ses voisins, et qu'il croyait propres à en convaincre tout l'univers. Il prétendait les avoir produites au curé du lieu, qui n'était pas éloigné de penser comme lui.
A la vue des pièces, […] le maître crut devoir consulter son chirurgien […] lequel ne se trouva pas en état de donner des éclaircissements sur un sujet qui n'avait aucun rapport avec ses études, mais, celui-ci indiqua M. l'abbé Nollet comme très capable de décider.
Le jardinier ne tarda pas à mettre sous les yeux de l'abbé les rouleaux de feuilles, qui, selon lui, ne pouvaient avoir été faits que par une main d'homme et d'homme sorcier. Outre qu'un homme ordinaire ne lui semblait pas capable d'exécuter rien de pareil, à quoi bon les eût-ils faits, et dans quel dessein les eût-ils enfouis dans la terre de la crête d'un sillon ? Un sorcier seul pouvait les avoir placés là pour les faire servir à quelques maléfices.
L'abbé Nollet certifia au brave homme, que ces jolis ouvrages étaient faits par des Insectes, et comme preuve, il tira le gros ver de ces rouleaux. Dès que le paysan l'eut vu, son air sombre et étonné disparut : un air de gaieté et de contentement se répandit sur son visage, comme s'il venait d'être tiré d'un affreux péril."
C'est vrai qu'il y a de quoi être épouvanté et de crier à la haute sorcellerie que de discerner au sol les alvéoles de ponte de quelques abeilles ! Quel affreux péril de voir votre bonsaï exhiber ses feuilles de gruyère !
Eric G.
Note bibliographique : Le livre "Merveilles de la Nature, LES INSECTES (Alfred Edmund Brehm)" a été entièrement réédité sur support CD-rom par les soins d'Eric Geirnaert. Cet ouvrage de plus de 750 pages est une véritable mine de renseignements pour tout amoureux de la Nature. La présentation du CD-Rom est accessible sur cette page.
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