Cet article concerne la culture du saule pleureur en tant que matériel d’étude pour l’apprentissage des techniques bonsaï. Cette espèce est en effet très adaptée à ce but, bien plus que d’autres essences tels que le sérissa et autres espèces tropicales, bien plus capricieuses.
Le bonsaïka débutant paye constamment son manque de patience : il veut tailler et mettre en forme son arbre, alors qu’ils ne sait pas encore arroser correctement (eh oui, l’arrosage d’un bonsaï est une technique à part entière), et encore moins rempoter un bonsaï.
Généralement, il est très loin de savoir lire sur les feuille d’un arbre, et ne connaît pas les différences entre N, P ou K. Il a tout au plus testé l’un des nombreux substrats qui lui aura été conseillé sur un forum, et il ne sait toujours pas si l’oïdium est un champignon ou une poussière.
Ses arbres sont en mauvaise santé, les pauvres, et lorsque enfin il arrive à s’occuper d’eux, ils ne ressemblent plus à rien. Alors, il taille maladroitement pour mettre en forme, et aggrave leur état, parfois jusqu’à les tuer.Bref, le bonsaïka débutant fait pas mal de dégât, le plus souvent à cause de l’envie d’un résultat rapide !
L’idéal pour le débutant serait de disposer d’un arbre « indestructible », qui permettrait d’apprendre les bases techniques sans prendre de gros risques. Cerise sur le gâteau, ce serait encore mieux si cet arbre réagissait rapidement aux différentes interventions...
Cet arbre existe : le saule pleureur. Salix Babylonica, de son vrai nom, aime l’eau, et supporte tout (ou presque). Cet arbre est une merveille pour les débutants pour les raisons suivants :
La méthode de bouturage décrite ci-dessous fonctionne avec les saules pleureurs ainsi que les saules tortueux ; cette charmante espèce est plus délicate à guider, mais peut donner des arbres avec plus de caractère. Lors de la rédaction de cet article, le bouturage de saule blanc (Salix alba) n’a pas été testé, mais devrait vraisemblablement donner des résultats comparables.
Les boutures se font en mars de préférence, mais un bouturage effectué hors-saison peut également donner de bons résultats... encore une erreur que cet arbre pardonne.
Commencez par repérer un saule pleureur. L’arbre est facilement reconnaissable : un port très pleureur (les rameaux retombent vers le sol), un tronc épais, une écorce jaune/marron crevassée verticalement, une charpente solide et toutes les extrémités retombantes, parfois jusqu’au sol. De longues feuilles fines, vert clair sur le dessus, plus pâle et parfois blanche dessous. Pas la peine de faire un roman, c’est un arbre facile à reconnaître !
Vous pouvez facilement confondre Salix Babylonica avec Salix Alba (le saule blanc), alors notez juste que les feuilles du saule blanc sont plus foncées dessus et plus claires dessous, que son écorce est plus blanche, et que son port et plus haut et moins large. Si vous avez un doute, passez votre chemin, vous trouverez facilement d’autres arbres de ces espèces, généralement près des étangs et des rivières.
Ensuite, avec l’autorisation préalable du propriétaire (qui vous la donnera à coup sûr, l’arbre est souvent envahissant), coupez des branches du diamètre qui vous fait plaisir. Deux ou trois centimètres semblent un maximum pour commencer, mais vous pouvez très bien prendre une branche de quinze ou vingt centimètres de large, c’est juste plus difficile à manipuler et à travailler. C’est aussi moins discret à prélever, alors soyez raisonnable... Vous obtenez ainsi une réserve de futures boutures.
Rentré à la maison, remplissez un verre ou un seau, fonction de la taille de vos boutures, et mettez-les dedans, en les lestant avec un objet quelconque pour qu’elles restent dans le fond du bac (le bois, ça flotte :)) cf. photo.
Sélectionnez dans votre réserve de boutures quelques branches de formes différentes, et laissez quelques feuilles sur chacune.
Remarque : pourquoi doit-on réduire le feuillage quand on bouture un arbre ?
Le feuillage d’un arbre permet d’activer photosynthèse, qui permet la circulation de sève et l’alimentation de la plante. Il ne faut donc pas supprimer l’ensemble du feuillage, sans quoi l’interruption de la photosynthèse mettra la bouture en danger.
D’autre part, une grande partie d’eau s'évapore par le feuillage. Il faut donc limiter la surface foliaire, pour éviter que la bouture ne se dessèche.
La bonne nouvelle est que cet équilibre est facile à trouver pour le Saule Pleureur, ce qui fait qu’il se bouture si facilement.
Les racines du saule sont très adventives, ce qui signifie qu’elles sortent directement du tronc si elles sont au contact de l’eau. Ainsi, au bout de quelques semaines, vous pourrez voir des dizaines de racines dans votre seau, et sans doute en même temps quelques bourgeons sortir à l’aisselle des feuilles d’origine. Replantez la bouture dans un pot, dans un mélange assez riche. Le saule est extrêmement tolérant quant au substrat. Composez un mélange de terreau, terre de jardin, préparez un lit de gravier au fond et prévoyez surtout une coupelle haute : vous poserez le pot de votre saule dedans, et vous la remplirez d’eau.
Mettez les boutures à l’ombre dans les premier temps, juste au cas où, et laissez-les pousser ! Si elles réagissent bien (le feuillage semble en bonne santé, les rameaux ne se dessèchent pas), donnez-leur de plus en plus de soleil, et toujours de l’eau. Quand les températures baissent, ne laissez plus tremper le pot dans l’eau mais arrosez, même en plein hiver.
Astuce
Vous pouvez vous servir de l'eau (une fois que les racines seront biens développées) pour accélérer la croissance d’autres arbres, ou fortifier des sujets chétifs ou malades. Le saule produit de l'auxine, notamment un constituant des hormones de bouturages.

Mes boutures de saule pleureur le 31 juillet 2006, de 0,5 à 2 centimètre de diamètre. Sur huit bouture, cinq ont été gardées. Photographie © Benoît Dumas

Une des bouture en pot, le 19 août suivant (20 jours après prélèvement). Photographie © Benoît Dumas
Voyant l’arbre faire des pousses d’un mètre en un mois, vous allez sans doute vous jeter sur les sites et les forums pour connaître les dernières techniques de taille à la mode et rabattrez le pauvre arbre à quelques yeux partout, le transformant en un épouvantail tout droit sorti des films de Tim Burton !
Gardez tout de même quelques règles de base : l’arbre ne doit jamais être totalement exfolié (ne coupez pas toutes les feuilles), vous devez laisser des feuilles à l’extrémité des branches que vous taillez. Ces feuilles attirent la sève jusqu’au bout de la branche, nourrissant les bourgeons.
Vous notez également que les branches doivent être taillées juste après une feuille (un œil) car les bourgeons se trouvent à la base des feuilles. Si une longue branche n’est feuillue qu’à son extrémité et que vous ne pouvez pas la raccourcir sans supprimer toutes ses feuilles, alors pincez les bourgeons de cette branche : la croissance des nouvelles pousses va être stoppée, ce qui stimulera les bourgeons de la base de la branche. Quand vous verrez apparaître les nouvelles pousses à la base de la branche, vous pourrez - enfin - raccourcir cette branche.
Vous pouvez effectuer plusieurs tailles de ramification par an, en veillant à ne pas supprimer toutes les feuilles en même temps. Pour cela, taillez en deux fois. Effectuez une première taille sera légère, conservez cinq ou six yeux sur chaque branche. Une fois que les nouveaux bourgeons commencent à sortir, effectuez une seconde taille, beaucoup plus courte. Attention, cette technique fonctionne avec les saules pleureurs, mais elle n’est pas forcément adaptée aux autres espèces.
Remarque
La notion du temps est importante. La croissance du saule est extrêmement rapide. Vous devrez adapter votre échelle de temps lorsque vous travaillerez d’autres essences.
Taillez toujours proprement, avec des outils bien aiguisés pour éviter les maladies. Taillez en biseau dans le sens de la future branche afin que la cicatrice ne se voie pas trop. Une bonne idée est de tailler les branches de manière à ce qu’elles aillent vers le haut, puis vers le bas sur le nœud suivant, puis vers le haut sur la future pousse, etc. Cette façon de tailler produira des branches tortueuses. Pour diriger une branche vers le haut, taillez simplement juste après un bourgeon dormant qui pointe vers le haut.
Vous n’obtiendrez sans doute pas un résultat convenable dès le premier essai, car vous manquez d’expérience et ne laissez pas s’exprimer l’arbre. Vous risquez même de finir par le tuer si vous ne lui laissez pas le temps de faire des réserves suffisantes pour passer l’hiver. Ne multipliez pas les tailles répétées, et n’oubliez jamais, dans vos expérimentations, qu’il s’agit d’un être vivant sous votre responsabilité, comme un chat ou un chien, et qu’il vous incombe de le faire vivre dans de bonnes conditions.

Un de mes saules le 19 août 2006 (à droite), bouturé le 31 juillet 2006. Photographie © Benoît Dumas

Il a passé l'hiver difficilement, deux branches principales ont séché. Fin Mars 2007, toutefois, l’ensemble des parties vertes a redémarré. Photographie © Benoît Dumas

Il a fait des pousses de cinquante centimètres de long (à gauche), et en juillet, je l'ai rabattu en laissant quelques feuilles, et supprimé le bois mort. Photographie © Benoît Dumas

Une semaine après, les bourgeons sont sortis, j'ai taillé plus court et supprimé les vieilles feuilles, le bout de la bouture est en train de sécher. Photographie © Benoît Dumas

Le même arbre, vingt jours après. Photographie © Benoît Dumas
Le saule pleureur est facile à cultiver, mais ce n’est pas facile d’en faire un bonsaï digne de ce nom. Cet arbre a besoin de beaucoup d’eau, on le laisse dans une coupelle remplie à ras bord pendant toute sa période de croissance, généralement de mars à novembre. Ceci entraîne inexorablement une croissance exagérée de votre arbre. Il dispose effectivement d’eau en quantité suffisante, il cherche le soleil en proportion, et n’en trouvera jamais assez. Donc, votre saule ainsi cultivé poussera loin, fort et vite, mais n’aura rien d’un arbre miniature : grandes feuilles comme sur l’arbre grand format, branches démesurées par rapport au petit tronc, entre-nœuds immenses, etc. La notion du temps est importante. La croissance du saule est extrêmement rapide. Vous devrez adapter votre échelle de temps lorsque vous travaillerez d’autres essences.
Vous pourrez le nanifier plus tard si vous le souhaitez , en supprimant la coupelle et en arrosant juste ce qu’il faut, quand vous aurez plus d’expérience ! Il sèche vite s’il manque d’eau, donc il faut avoir appris à le connaître.
D’autre part, le tronc du saule pleureur ne grossit pas très vite, là, seule la patience paie. Prendre des boutures de 20 centimètres de diamètre permettra d’avoir un gros tronc, mais il faudra un gros travail de sculpture avant de le rendre conique, et le nebari (les racines visibles) n’apparaîtront pas avant un moment.
Enfin, le saule émet des racines, beaucoup de racines. Si la coupelle est remplie, d’eau, il n’hésitera pas à l’envahir par le dessous du pot. Si les racines ne disposent plus de place, par mesure de sécurité, il va sacrifier des branches, qui sècheront. Si vous ne voulez pas voir votre travail de ramification et de mise en forme ruiné, vous devrez impérativement le rempoter tous les ans (entre février et avril, un peu plus tôt que les autres espèces) et couper un bon tiers les racines. La reprise sera aussi immédiate que pour la bouture, si vous lui donnez à boire.

Reprise printanière sur le plus gros sujet. On voit que quand il n'a pas les pieds dans l'eau, les feuilles ont une tailles raisonnables. Ces grandes branches ont été faites entre le 19 août et l'hiver, ça pousse fort ! Photographie © Benoît Dumas
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